Les conclusions des Assises de la Télémédecine pour améliorer l'accès aux soins primaires et spécialisés seront-elles prises en compte par les candidats à la présidentielle 2027 ?

Le sujet de l'accès aux soins primaires et spécialisés reste une préoccupation de nos concitoyens. Nul doute qu'il sera à nouveau abordé lors de la campagne présidentielle 2027 par les différents candidats. Déjà traité lors des précédentes présidentielles de 2012, 2017, 2022, ce remake signifie-t-il que les solutions préconisées depuis 15 ans ont échoué ? Quelle est la situation réelle en 2026 ? Que peuvent préconiser les candidats à la présidentielle 2027 pour répondre aux attentes de nos concitoyens ? Prendront-ils en compte les conclusions des Assises de la Télémédecine ? Nous tentons dans ce billet de faire un point objectif de la situation française en 2026, que nous comparerons avec celle des autres pays européens.


Qu'est-ce qu'un désert médical en France ?

(https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications/les-dossiers-de-la-drees/deserts-medicaux-comment-les-definir-comment-les-mesurer)


La définition d’une région ou zone en sous-densité médicale repose sur des critères objectifs combinant densité de professionnels de santé, temps d’accès aux soins et besoins de la population.


Les principaux critères pour définir une zone sous-dotée


La densité médicale (nombre de professionnels médicaux pour 100 000 habitants).

Une zone est considérée comme sous-dotée en médecins généralistes si sa densité est inférieure de plus de 30 % à la moyenne nationale (environ 3,63 médecins pour 1 000 habitants en 2025). Le nombre de médecins actifs a progressé de + 11,9% depuis 2010, et +1,7% depuis 2024 selon les données du CNOM publiées en 2025. La proportion de spécialistes et plus particulièrement de spécialistes médicaux est en constante augmentation parmi les médecins en activité depuis 2010. Au 1er janvier 2025, les médecins généralistes comptent pour 42,3% de l’effectif des médecins en activité, contre 45,4% pour les spécialistes médicaux (hors médecine générale) et 12,3% pour les spécialistes chirurgicaux. L’effectif de médecins généralistes en activité a diminué de -1,4% au cours des 15 dernières années tandis que ceux des spécialistes médicaux et chirurgicaux ont augmenté respectivement de +24,4% et +23,1% sur la même période (https://www.conseil-national.medecin.fr/sites/default/files/2025-10/cnom_atlas_demographie_2025_tome_1.pdf). Il existe donc en France une dynamique haussière depuis 15 ans qui, avec le numerus apertus mis en place en 2019, pourrait conduire à 315 000 professionnels médicaux en 2040, soit, pour une population française d'environ 70 millions d'habitants (projection Insee pour 2040), une densité médicale globale de 450 professionnels médicaux pour 100 000 habitants, soit une augmentation de près de 20% par rapport à 2025. Il correspond à la densité médicale en Allemagne en 2025 (voir ci-dessous).


Si la moyenne nationale en 2025 est de 363 médecins pour 100 000 habitants, une zone avec moins de 300 médecins pour 100 000 habitants est classée en sous-densité. Une zone est en surdensité lorsqu'elle dépasse les 400 médecins pour 100 000 habitants.

Ainsi, selon les données de 2025, les régions d'Ile de France, de Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) et de La Réunion sont sur-dotées (respectivement 420, 426 et 402 médecins toutes spécialités confondues/100 000) habitants, la région Auvergne-Rhône-Alpes (ARA) avec 350 médecins/100 000 (Insee) serait plutôt stable, avec toutefois une grande hétérogénéité selon les territoires puisque 78% de la population, notamment celle vivant en zone rurale, serait en sous-densité médicale. Les autres régions françaises sont dans la moyenne (entre 320 et 350) ou sous-dotées (Centre-Val-de-Loire : 264, la Guyane : 272, Hauts de France : 308, Mayotte : 210). Si la progression de 20% d'ici 2040 touchait toutes les régions, la plupart auraient corrigé leur situation actuelle de sous-dotation.


Le temps d'accès aux soins.

Indicateur d’Accessibilité Potentielle Localisée (APL) : il mesure le nombre de consultations potentielles par habitant et par an, en tenant compte de la distance et du temps de trajet vers les professionnels médicaux.

Le seuil critique est une zone dite sous-dotée si l’APL est inférieur à 3,5 consultations par habitant/an (moyenne nationale : 3,9).

Par exemple, si dans la région Pays de la Loire, l’APL moyen est de 3,7 consultations/habitant/an, il est dans les zones rurales à moins de 2,5.

Temps de trajet : une zone est considérée comme un "désert médical" si plus de 30 % de sa population a un APL inférieur à 3,5 consultations par habitant/an et que cette population met plus de 30 minutes en voiture pour accéder à un médecin généraliste.


Le zonage du territoire français

Depuis 2026, s'appuyant sur les critères précédents, la France utilise un nouveau zonage pour classer les territoires en fonction de leur accès aux soins : zone d'intervention prioritaire (ZIP), zone d'action complémentaire (ZAC) et zone non sous-dotée (ZON). 

Dans les ZIP, la densité médicale est très faible (moins de 60 % de la moyenne nationale) et le temps d’accès à un médecin généraliste est > 30 min. C'est le cas de la Creuse, certaines zones rurales de l’Orne et de la Haute-Saône. Pour inciter les médecins à s'installer dans ces ZIP, le gouvernement a pris plusieurs mesures : primes à l’installation (jusqu’à 50 000 €), exonérations fiscales, soutien aux MSP.

Dans les ZAC, la densité médicale est faible (entre 60 % et 80 % de la moyenne nationale) ou le temps d’accès est entre 20 et 30 min. C'est le cas d'une partie de l’Auvergne-Rhône-Alpes et de la Normandie. Pour inciter à l'installation dans ces zones, le gouvernement fournit des aides à l’installation (20 000 à 30 000 €) et soutient l'usage de la télémédecine.

Dans les ZON, la densité médicale est jugée suffisante (plus de 80 % de la moyenne nationale) et le temps d’accès à un médecin généraliste est < 20 min. C'est le cas de la région Île-de-France (sauf certaines banlieues), de la région PACA, de la Réunion et de la plupart des métropoles et villes moyennes. Pour ces régions et territoires, il n'y a pas d’aides spécifiques, mais une régulation pour éviter la surdensité.


D'autres critères peuvent être pris en compte. 


Des besoins spécifiques de la population comme l'âge : une zone avec une population vieillissante (plus de 30 % de + 65 ans) peut être classée comme sous-dotée, même si sa densité médicale est proche de la moyenne, car les besoins en soins sont plus élevés. La précarité : des zones avec un indice de précarité élevé comme dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville.


La densité en spécialistes : si certaines zones sont bien dotées en médecins généralistes, elles peuvent être sous-dotées en spécialistes (ex. : pédiatres, gynécologues, psychiatres). Par exemple, dans le Gers et en Haute-Saône, il y a moins de 3 cardiologues pour 100 000 habitants (contre une moyenne nationale de plus de 10).

 

Enfin la dynamique de la démographie médicale : les zones avec un départ massif de médecins à la retraite (1 médecin généraliste sur 2 partira à la retraite d’ici 2030 en zone rurale) sont anticipées comme futurs déserts médicaux et font l’objet de mesures préventives.


Sans nier l'intérêt épidémiologique d'une telle approche depuis plus de 10 ans, enjeu central de la politique publique depuis 2017, les ARS devant identifier ces différentes zones, il faut souligner sa complexité due au nombre d'indicateurs pris en compte. Ce qui peut expliquer que certains parlent aujourd'hui de 87% du territoire national qui seraient à court ou moyen terme en situation de "désert médical" (https://medias.amf.asso.fr/upload/files/Jeudi%20-%20Borne%20SSC_104e%20congrès%20des%20maires(1).pdf)(https://www.info.gouv.fr/actualite/former-plus-principe-de-solidarite-le-plan-du-gouvernement-face-aux-deserts-medicaux). Ne vaudrait-il pas mieux simplifier cette approche en considérant en priorité au sein d'un territoire ou d'une région l'accès aux soins des personnes vivant dans les zones rurales, principalement touchées par cette sous-densité médicale ? 

Le revenu brut d'un médecin généraliste français est compris entre 80 000 et 100 000 euros/an, soit 4 500 à 7 000 euros net/mois (2 à 3 fois le salaire moyen national du secteur privé : 2 733 euros net/mois). Le revenu brut d'un médecin spécialiste atteint 100 000 à 150 000 euros/an selon la spécialité.  En secteur salarié, le salaire est de 4 000 à 6 000 euros net/mois, soit 3 à 4 fois le salaire moyen national (2 300 à 2 500 euros net/mois). Il peut être instructif de comparer ces revenus des médecins français avec ceux de leurs collègues européens.


Les zones rurales, principaux déserts médicaux dans la plupart des pays de l'Union Européenne

(https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2023-11/Fiche%2031%20-%20Comparaisons%20internationales%20des%20médecins%20et%20infirmiers.pdf)


Tous les pays de l’UE font face à une pénurie de professionnels de santé (médecins, infirmiers, etc.), avec des disparités géographiques croissantes entre zones urbaines et rurales, ainsi qu’entre l’Est et l’Ouest de l’Europe. 83,2 % de la population de l’UE réside à moins de 15 minutes en voiture d’un hôpital (2023), mais ce chiffre cache de fortes inégalités : seulement 124 régions européennes (sur 1 165) permettent à 100 % de leur population d’y accéder dans ce délai. En 2026, la densité médicale moyenne pour l'ensemble des 27 pays membres de l'UE est de 415 médecins pour 100 000 habitants.


L'Allemagne

Les déserts médicaux existent surtout dans les zones rurales de l’Est (Saxe, Thuringe) avec un déséquilibre Est/Ouest. Le gouvernement allemand a pris plusieurs mesures : une régulation stricte de l'installation des nouveaux médecins, le système "Bedarfsplan" (plan des besoins) limitant l’installation des nouveaux médecins dans les zones déjà sur-dotées (au-delà de 110 % de la densité cible). L’installation est ainsi interdite dans les zones où la densité dépasse de 10 % la moyenne nationale (455 médecins/100 000 habitants en 2022). Des incitations financières sont proposées pour les zones sous-dotées (subventions à l'installation du médecin de 12000 à 60000 euros selon le Land), ainsi qu'un recrutement de médecins étrangers (notamment d’Europe de l’Est), lequel représente en 2025 13% de la communauté médicale allemande. Le revenu net d'un médecin allemand libéral est de 86 000 à 172 000 euros par an, selon la spécialité et la taille du cabinet, soit 2 à 4 fois le salaire moyen annuel national (45 000 à 50 000 euros net/an).


L'Autriche

La densité médicale est de 514 médecins pour 100 000 habitants (2016), ce qui place le pays parmi les mieux dotés d’Europe. Cependant, malgré cette densité élevée, les régions rurales autrichiennes connaissent des difficultés croissantes pour garantir une offre de soins correspondant à la demande, ce qui peut conduire à des situations de sous-dotation locale, assimilables à nos "déserts médicaux". Pour y remédier, l’Autriche a mis en place des unités de soins primaires basées sur une prise en charge en équipe et une coopération interdisciplinaire, afin d’améliorer l’accès aux soins dans les zones les moins bien desservies. Le rôle des infirmières et des infirmiers au sein des équipes de soins primaires est central : elles (ils) participent à la continuité des soins, à la coordination des parcours et à l'accompagnement humain. Les médecins autrichiens gagnent entre 2 à 5 fois le salaire moyen national (4 333 euros brut/mois). Selon l'OCDE, le salaire brut se situe entre 80 000 et 120 000 euros par an. 


Le Royaume-Uni 

Il existe une pénurie critique de médecins, surtout dans les zones rurales, en particulier du Nord de l’Angleterre. La densité médicale est de 330 médecins pour 100 000 habitants. Dix pour cent des médecins viennent de l’UE, mais le Brexit a réduit l’attractivité (baisse de 30 % des inscriptions de médecins européens entre 2014 et 2017). Le gouvernement anglais a mis en place une politique de recrutement massif de médecins diplômés hors UE (Inde, Afrique, Moyen-Orient) correspondant en 2025 à 30% de la communauté médicale. Des incitations financières existent comme l'augmentation des salaires et une amélioration des conditions de travail. Le salaire moyen d'un médecin généraliste anglais en 2026 est de 83 400 à 124 800 euros brut/an (6 950 à 10 400 euros brut/mois), soit 2,5 à 3 fois le salaire brut moyen annuel (36 000 euros). Pour les médecins exerçant dans le service public, incluant les pratiques privées, la rémunération moyenne peut atteindre 116 000 euros brut/an. Pour les spécialistes, le salaire moyen se situe entre 105 à 128 000 euros brut/an.


La Belgique

La Wallonie (région francophone) est la plus touchée par la désertification médicale (moins de 300 médecins/100 000 habitants). Elle possède de vastes zones rurales, en particulier dans les provinces (Namur, Hainaut) où l'agriculture et les petites localités dominent. Elle est inférieure à celle de Bruxelles et de la Flandre (près de 400 médecins/100 000). La densité moyenne est de 332 médecins/100 000 habitants. Il n'y a pas de coercition à l'installation des jeunes médecins, mais des aides financières pour qu'ils s'installent dans les zones rurales sous-dotées. En 2026, un médecin généraliste belge a un revenu brut moyen de 80 000 à 120 000 euros/an et un revenu net moyen de 4700 euros par mois (56 500 euros par an), soit environ 2 fois le salaire net moyen (2 500 à 2 700 euros/mois). Le revenu brut d'un médecin spécialiste peut atteindre 150 000 à 200 000 euros/an.


L'Espagne

On retrouve les déserts médicaux dans les zones rurales comme en Andalousie et en Estrémadure, ainsi que dans les îles (Canaries, Baléares). Le gouvernement espagnol promeut la mobilité avec des incitations financières pour attirer des médecins dans les zones isolées. Il soutient le développement de la télémédecine, mais certaines régions manquent de moyens financiers. La densité médicale nationale est de 460 médecins pour 100 000 habitants, avec des valeurs inférieures à 350/100 000 dans les zones rurales en sous-densité. Le revenu brut moyen annuel en 2026 est compris entre 37 000 et 60 000 euros/an pour les médecins généralistes et entre 70 000 et 100 800 euros/an pour les médecins spécialistes.


L'Italie

Il existe un écart Nord-Sud très prononcé : le Sud (Sicile, Calabre), essentiellement rural, souffre d’un manque criant de médecins, tandis que le Nord (Lombardie, Émilie-Romagne) est beaucoup mieux doté. La densité médicale moyenne est de 410 médecins pour 100 000 habitants avec moins de 250/100 000 dans le Sud et près de 500/100 000 dans le Nord. La densité minimale de médecins généralistes fixée par les pouvoirs publics est de 67/100 000. Il existe des quotas régionaux pour l'installation des médecins. Le gouvernement italien développe également une politique de recrutement de médecins étrangers venant notamment de l'Europe de l'Est et d'Afrique du Nord, mais celle-ci reste faible (1% de la communauté médicale). Le revenu brut annuel des médecins généralistes italiens est de 50 000 à 70 000 euros/an, avec un revenu net estimé compris entre 3500 et 4500 euros/mois, soit 2 à 2,5 fois le salaire moyen national (30 000 à 35 000 euros/an). Le revenu brut moyen d'un médecin italien spécialiste est de 80 000 à 120 000 euros/an, selon la spécialité et l'expérience.


La Grèce et le Portugal

Ces deux pays ont connu une crise économique entre 2010 et 2021 qui a conduit au départ d'au moins 20 000 médecins pour la Grèce et d'un chiffre à peu près équivalent pour le Portugal. Il s'en est suivi une pénurie généralisée, notamment dans les zones rurales et les îles. Les médecins sont revenus grâce à des incitations financières et à une coopération étroite avec l'UE pour former davantage de professionnels. Aujourd'hui, ces deux pays ont les taux de densité médicale les plus élevés d'Europe (600/100 000 en Grèce et 500/100 000 au Portugal). Le revenu brut annuel d'un médecin généraliste grecque est entre 12 500 à 15 000 euros/an (pour un salaire moyen national de 20 000 euros brut/an). Le revenu brut annuel d'un médecin portugais est environ de 44 000 euros /an, toutes spécialités confondues. Le revenu net estimé pour un généraliste portugais est entre 30 000 et 50 000 euros net/an, soit 1,5 à 2,5 fois le salaire moyen national (19 400 euros brut/an).


Pays scandinaves (Suède, Danemark, Finlande, Norvège)

Dans ces pays du Nord de l'Europe, ce sont les zones rurales et les régions du cercle polaire (Laponie) qui sont en manque de médecins. Les gouvernements de ces pays développent une politique de salaires très attractive et des conditions de travail favorables. Il existe également une politique de recrutement de médecins étrangers venant de l'Europe de l'Est. Enfin, la télémédecine y est très développée pour couvrir les zones isolées. La densité médicale moyenne est de 401/100 000 habitants au Danemark, de 398/100 000 en Suède, de 381/100 000 en Finlande, et de 283/100 000 en Norvège. Le revenu net estimé d'un médecin généraliste suédois est de 6 000 à 7 000 euros net/mois (72 000 à 84 000 euros net/an) soit 2,5 fois le salaire moyen national (38 800 euros/an), celui d'un médecin généraliste danois est de 4 000 à 5 000 euros net/mois (48 000 à 60 000 euros net/an), soit 2 fois le salaire moyen national (2 645 euros net/mois), celui d'un médecin généraliste finlandais est de 3 500 à 4 500 euros net/mois (42 000 à 54 000 euros net/an), soit 1,8 fois le salaire moyen national (2 300 euros net/mois), celui d'un médecin généraliste norvégien est de 50 000 à 65 000 euros net/an, soit 2 fois le salaire moyen national (30 000 euros net/an).


Aux Pays-Bas

Il existe une pénurie de médecins dans les grandes villes (Amsterdam, Rotterdam) et non dans les zones rurales, alors que la couverture globale (361/100 000 habitants) est jugée satisfaisante. Le gouvernement a une politique de formation accélérée de nouveaux médecins et un recours à la télémédecine et aux infirmières en pratique avancée (IPA) pour maintenir la qualité actuelle de l'accès aux soins. Le revenu estimé d'un médecin généraliste néerlandais est de 5 000 à 6 000 euros net/mois (60 000 à 72 000 euros net/an), soit 2,3 fois le salaire moyen national (2 500 euros net/mois).


En Europe de l'Est (Pologne, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Slovaquie, Lituanie, Lettonie, Estonie)

Il y a une fuite des cerveaux médicaux : beaucoup de médecins partent vers l’Ouest (Allemagne, Royaume-Uni, France). Les déserts médicaux sont en zones rurales. En Bulgarie, dans certaines régions rurales, le nombre de médecins a chuté de 50% au cours des dernières années. Les gouvernements de ces pays prennent des mesures financières incitatives (mais insuffisantes) pour favoriser le retour des médecins partis à l'étranger. La densité médicale moyenne est de 238 médecins pour 100 000 habitants en Pologne, de 334/100 000 en Hongrie, de 298/100 000 en Roumanie, de 403/100 000 en Bulgarie, de 342/100 000 en Slovaquie (680/100 000 en zone urbaine, 270/100 000 en zone rurale, soit 2,5 fois moins), de 319/100 000 en Lettonie, de 513/100 000 en Lituanie, de 320/100 000 en Estonie, ces trois derniers pays baltes ayant une faible densité médicale en zone rurale (2,5 fois moins qu'en zone urbaine) et améliorent l'accès aux soins primaires et spécialisés dans les zones rurales grâce à des services de télémédecine.

Le revenu estimé d'un médecin généraliste polonais est de 2 000 à 2 500 euros brut/mois, soit proche du salaire moyen national (2 275 euros brut/mois), celui d'un médecin généraliste hongrois de 1 500 à 2 500 euros brut/mois, soit proche du salaire moyen national (1 600 euros brut/mois), celui d'un médecin généraliste roumain de 800 à 900 euros brut/mois (1 000 à 2 000 euros brut /mois en privé), soit proche du salaire moyen national (1 100 euros net/mois), celui d'un médecin généraliste bulgare de 460 à 615 euros brut/mois, soit inférieur au salaire moyen national (1 200 euros brut/mois), celui d'un médecin généraliste slovaque de 1 500 à 2 500 euros brut/mois, soit proche su salaire moyen national (1 850 euros brut/mois), celui d'un médecin lituanien de 2 745 euros brut/mois, celui d'un médecin letton de 2 176 euros brut/mois.


En Suisse

La densité médicale était de 420 médecins pour 100 000 habitants en 2025. Ce chiffre est comparable à celui des pays de l'UE, mais la Suisse reste très dépendante des médecins formés à l'étranger pour maintenir ce niveau, notamment en raison du vieillissement de sa population médicale et de la hausse des besoins en soins. Plus de 40 % des médecins en exercice ont obtenu leurs diplômes à l'étranger. En 2025, plus de la moitié (52 %) des nouveaux titres de spécialistes ont été délivrés à des titulaires d'un diplôme de médecin étranger, et plus de 1 500 titres de spécialistes étrangers ont été reconnus la même année. La Suisse reste donc loin de pouvoir assurer par elle-même le renouvellement de la relève médicale. Le revenu estimé d'un médecin suisse est de 8500 à 17000 euros net/mois, soit 4 à 6 fois le salaire moyen national (3000 euros net/mois)


Comment améliorer l'accès aux soins en France ?


Que nous apprend l'étude comparative avec les autres pays européens ?

La sous-densité médicale touche tous les pays européens, essentiellement au niveau de leur zone rurale. Dans la plupart des pays de l'UE, les médecins préfèrent s'installer dans les zones urbaines, lesquelles sont souvent sur-dotées par rapport à la densité moyenne nationale, alors que les zones rurales sont nettement sous-dotées. Pour favoriser des installations en zone rurale, la plupart des gouvernements des pays membres de l'UE proposent des incitations financières et des recrutements de médecins à diplôme étranger, venant notamment des pays de l'Europe de l'Est. Ces recrutements sont aussi favorisés par le niveau des revenus moyens des médecins de l'Europe de l'Ouest qui est 3 à 7 fois plus élevé que dans les pays de l'Europe de l'Est. De ce déséquilibre découle un appauvrissement en médecins de ces pays de l'Est, malgré des incitations financières des gouvernements (jugées insuffisantes) pour les empêcher de partir à l'Ouest. 

La densité médicale globale en France est semblable à celle de la plupart des pays du Nord et de l'Ouest de l'Europe. Ces pays recrutent des médecins à diplôme étranger dont le taux va de 1% (Italie) à 43% (Suisse) de la communauté médicale (moyenne 13%). En France, en 2025, le taux de médecins à diplôme étranger était de 11% (Insee) à 14,2% (CNOM) des médecins en activité.

Plusieurs pays ont mis en place, dans les zones rurales en sous-densité médicale, des équipes de soins primaires dans lesquelles les infirmières et infirmiers (notamment les IPA) jouent un rôle central avec l'aide des services de télémédecine pour la continuité et la coordination des soins avec les médecins généralistes.


Le projet conduit dans la Creuse ("Télémédecine et Déserts médicaux"), inspiré des Assises de la Télémédecine, deviendra-t-il un modèle organisationnel d'accès aux soins primaires et spécialisés dans les zones rurales en sous-densité médicale ?

A l'instar de certains pays européens (Norvège, Suède, Danemark, Pays Bas, Espagne, Portugal, Lettonie, Lituanie, etc.), les autorités sanitaires françaises ont décidé d'appliquer les conclusions des Assises de la télémédecine (juin-décembre 2025) pour améliorer l'accès aux soins dans les territoires. Ces conclusions recommandent de favoriser le développement d'organisations professionnelles innovantes s'appuyant sur les pratiques de télémédecine dans les zones en sous-densité médicale. Le projet lancé dans le département de la Creuse en janvier 2026 en est l'illustration.

Le contexte.

La Creuse (115 529 habitants en 2022) compte en 2025 moins de 50 médecins pour 100 000 habitants. C'est un département rural. 30% des communes n'ont aucun médecin généraliste et les délais pour une consultation en présentiel pour un motif de soin primaire peut dépasser 3 semaines. Sa population est vieillissante : 32% de ses habitants ont plus de 65 ans (contre 21,8% au niveau national), avec des besoins accrus en soins pour les maladies chroniques du vieillissement (diabète, hypertension, insuffisance cardiaque, etc.).

Un projet qui met en œuvre les conclusions des Assises de la Télémédecine.

1) Déploiement de la téléconsultation assistée d'une infirmière dans les MSP et les EHPAD. 

L'ARS Nouvelle-Aquitaine assure le pilotage et le financement du projet. La Maison de Santé Pluridisciplinaire (MSP) de Guéret assure la coordination du projet. Tous les EHPADs et centres de santé du département sont impliqués, ainsi que les médecins généralistes et les infirmiers locaux. La mallette de télémédecine (stéthoscope connecté, otoscope, tensiomètre, ECG) est fournie par l’ARS (contrat avec la société Healphi). Une plateforme sécurisée est utilisée pour les téléconsultations. Le public ciblé en priorité : les personnes âgées résidentes d'EHPAD (dans le but d'éviter les transports hospitaliers inutiles), les patients atteints de maladies chroniques (diabète, hypertension, insuffisance cardiaque, etc.), les personnes isolées dans les zones rurales sans médecin.

2) Télé expertise pour que les médecins généralistes accèdent aux avis spécialisés.

Les médecins généralistes de la Creuse peuvent solliciter à distance l’avis de spécialistes (cardiologues, dermatologues, neurologues, autres) basés à Limoges ou Bordeaux.

Les premiers résultats à 6 mois montrent une réduction de 40% des transferts vers les hôpitaux de Limoges ou de Bordeaux pour des consultations spécialisées en présentiel, un délai moyen pour obtenir un avis spécialisé en 48h contre 3 à 4 semaines auparavant.

La levée des freins réglementaires

Comme le préconisaient les conclusions des Assises, les médecins de la Creuse peuvent désormais réaliser jusqu’à 50 % de leurs consultations par télémédecine (contre 20 % avant 2026), sans perte de revenus. On observe au cours des 6 premiers mois du projet une augmentation de 30 % du nombre de téléconsultations et une réduction des délais de rendez-vous d'une consultation médicale qui passent de 21 à 7 jours en moyenne.

Un financement et un accompagnement par l'ARS Nouvelle-Aquitaine 

Le budget alloué au projet est de 500 000 euros en 2026 pour équiper 10 MSP et 15 EHPAD de la Creuse en matériels de télémédecine. Des subventions sont attribuées aux médecins et aux infirmiers libéraux pour les inciter à s'engager à utiliser les pratiques de la télémédecine (jusqu'à 10 000 euros par structure).


Conclusion


Il existe aujourd'hui des modèles organisationnels innovants, structurés par la télémédecine, qui ont fait leurs preuves en France et dans de nombreux pays européens, pour améliorer l'accès aux soins primaires et spécialisés dans les zones rurales à faible densité médicale. Le projet de la Creuse et les réalisations antérieures dans d'autres territoires (zones rurales de l'Orne, de la Haute Saône, du Centre Val de Loire, etc.) peuvent-ils inspirer les programmes des candidats à l'élection présidentielle française de 2027 ?

Les expériences européennes réussies comme celles de la Suède, du Danemark, des Pays Bas, de l'Autriche, de l'Espagne, de la Lettonie et de la Lituanie, pays qui utilisent massivement la télémédecine, mériteraient d'être mieux connues des candidats français à l'élection.

La télémédecine est un levier puissant pour les organisations professionnelles innovantes. Comme dans la plupart des pays européens cités dans ce billet, l'augmentation de la démographie médicale (numérus apertus), si elle peut être utile pour maintenir la densité médicale au niveau actuel après les départs à la retraite des médecins, ne sera probablement pas suffisante pour améliorer l'accès aux soins primaires et spécialisés, sauf à mettre en place des mesures coercitives ce qu'aucun pays européen a choisi. Les pays qui ont des densités médicales (Allemagne, Autriche, Espagne, Portugal, Lituanie, etc.) supérieures à celle de la France, ont toujours des problèmes de sous-dotation en médecins dans les zones rurales. Seuls les pays qui ont développé massivement la télémédecine en zone rurale ont de meilleurs résultats alors que leur densité médicale est semblable à celle de la France. Les conclusions des Assises de la Télémédecine devraient faire partie des programmes des candidats à l'élection de 2027.


15 mai 2026