Le blog de la Société Francophone Sante Numérique
L'adaptabilité cognitive des personnes âgées à l'usage des technologies de la santé numérique est un sujet mal connu. Elle doit être distinguée du vieillissement cognitif pathologique, comme la démence d'Alzheimer ou la démence vasculaire. Une récente étude vient d'être conduite et publiée par une équipe de chercheurs de l'école des sciences infirmières de l'université de Caroline du Nord (USA). C'est une remarquable étude qui peut nous aider à comprendre les difficultés que rencontre les personnes âgées à adopter les moyens offerts par le numérique en santé. Nous rapportons les points essentiels de cet article dans ce billet.
Cognitive adaptability predicts digital health technology use in older adults. Shakya S, Paudel A.Int J Med Inform. 2026 Sep 1;217:106500. doi: 10.1016/j.ijmedinf.2026.106500. Epub 2026 May 21.PMID: 42190430
QU'EST-CE QUE L’ADAPTABILITÉ COGNITIVE D'UNE PERSONNE ÂGÉE ?
L'adaptabilité cognitive chez une personne âgée peut se définir comme la capacité à maintenir une performance fonctionnelle satisfaisante face à des situations nouvelles, imprévues ou complexes, en mobilisant de manière flexible les ressources cognitives disponibles, y compris dans un contexte de déclin potentiel de certaines fonctions physiologiques.
Il existe plusieurs dimensions pour caractériser l'adaptabilité cognitive
La flexibilité cognitive est la capacité à inhiber des schémas automatiques devenus inadaptés et à basculer vers de nouvelles stratégies. Elle est sous-tendue par les fonctions exécutives du lobe frontal, particulièrement vulnérable au vieillissement.
La plasticité compensatoire lorsque le cerveau vieillissant déploie des mécanismes de réorganisation fonctionnelle : recrutement bilatéral de régions préfrontales, activation de voies alternatives. C'est une adaptation endogène à la perte de ressources cognitives.
La réserve cognitive mobilisable, c'est à dire la capacité à puiser dans un stock d'expériences, de représentations et de stratégies accumulées au fil de la vie pour faire face à de nouvelles demandes. Cette réserve n'est pas figée. Elle peut s'actualiser et s'adapter à la situation.
La métacognition adaptative lorsque la personne âgée a conscience de ses propres limites cognitives et qu'elle se sent capable d'ajuster spontanément ses stratégies pour s'adapter (ralentir, fragmenter, déléguer, utiliser des aides externes).
La tolérance à l'incertitude et au changement est une dimension souvent négligée de l'adaptabilité cognitive : la réactivité émotionnelle face à la nouveauté peut inhiber ou faciliter la mobilisation cognitive. L'anxiété situationnelle, fréquente en cas de fragilité identitaire, réduit les ressources attentionnelles disponibles.
L'adaptabilité cognitive doit être distinguée du vieillissement cognitif pathologique.
Là où le vieillissement normal permet de s'adapter à des situations nouvelles, le vieillissement pathologique se traduit par un blocage persistant et figé vis à vis de ces situations nouvelles. De même, lors du vieillissement normal, des erreurs peuvent être détectées et corrigées alors que dans le vieillissement pathologique les mêmes erreurs ne sont pas reconnues et donc pas corrigées. Le vieillissement normal accepte l'aide extérieure, alors qu'elle est le plus souvent rejetée lors du vieillissement pathologique.
C'est cette capacité à s'adapter aux situations nouvelles qui permet à la personne âgée d'accéder à l'usage des technologies de santé numérique. L'adaptabilité cognitive peut être ainsi considérée comme un facteur prédictif important de l'utilisation des technologies de santé numérique.
LE CONTEXTE
Les prévisions démographique aux États-Unis
Les personnes âgées (65 ans et plus) représentent en 2025 17,3 % (57,8 millions) de la population des États-Unis. Ce chiffre devrait atteindre 22 % (73,5 millions) d'ici 2040. Environ 93 % des personnes âgées aux États-Unis souffrent d'au moins une maladie chronique, et 78,8 % en souffrent de plusieurs. Ces maladies chroniques engendrent des besoins de santé complexes et multiformes chez les personnes âgées. La plupart des personnes âgées atteintes de plusieurs maladies chroniques vivent dans une communauté où leurs soins sont dispensés en ambulatoire. Parmi ces personnes, nombreuses sont celles qui sont confinées à leur domicile et qui rencontrent d'importants obstacles pour accéder aux services de santé.
L'apport des technologies de santé numérique
Les technologies de santé numérique peuvent atténuer les obstacles à l'accès aux services de santé en permettant aux utilisateurs de consulter des informations de santé, d'utiliser des services de télémédecine en ligne, de renouveler leurs ordonnances, de prendre des rendez-vous médicaux et de gérer leurs informations de santé.
Ces technologies numériques peuvent jouer un rôle important dans l'amélioration de la santé et du bien-être des personnes âgées, tout en leur permettant de vieillir à leur domicile. Elles peuvent contribuer à améliorer le suivi des symptômes, la qualité de vie, la mobilité et le soutien aux soins, et à réduire la charge en soins. Grâce à ces technologies, les personnes âgées peuvent mieux gérer leurs maladies chroniques et leurs besoins de santé.
Les inégalités liées à la fracture numérique
Les technologies de santé numérique sont devenues de plus en plus populaires et accessibles ces dernières années. Toutefois, une fracture numérique importante persiste entre les groupes d’âge. Comparées aux jeunes adultes, les personnes âgées sont moins susceptibles d’utiliser les technologies de santé numérique au quotidien. Ainsi, des disparités importantes existent quant à l’utilisation de ces technologies chez les personnes âgées. Par exemple, les personnes âgées qui s’identifient comme femmes, qui sont blanches, mariées, qui ont un diplôme d’études supérieures, un revenu plus élevé et qui vivent en zone métropolitaine sont plus susceptibles d’utiliser les technologies de santé numérique que leurs homologues qui vivent en zone rurale.
L’utilisation des technologies de santé numérique est influencée par de multiples facteurs internes et externes. Par conséquent, une compréhension approfondie des facteurs qui influencent leur usage est essentielle pour réduire les inégalités d’accès aux technologies de santé numérique, notamment au sein de la population âgée.
Une méconnaissance des facteurs psychosociaux
Il existe un manque important de connaissances concernant les facteurs psychologiques et sociaux qui influencent l'utilisation des technologies de santé numérique chez les personnes âgées. À ce jour, seuls quelques facteurs psychologiques, tels que la confiance en soi et la motivation, ont été étudiés en lien avec cette utilisation.
Les facteurs psychosociaux, comme le lieu de contrôle interne et de contrôle externe et l'adaptabilité cognitive, jouent un rôle clé dans l'apprentissage et l'adoption de nouvelles compétences et de nouveaux comportements visant à améliorer sa propre santé.
La théorie du "lieu de contrôle" postule que les individus ayant un fort lieu de contrôle interne croient que leurs résultats de santé sont déterminés par leurs propres efforts, tandis que ceux qui ont un lieu de contrôle externe croient que ce sont les facteurs d'aides externes qui les déterminent.
L'adaptabilité cognitive désigne la capacité à modifier les niveaux cognitif, comportemental et émotionnel en réponse à des circonstances nouvelles. Des données empiriques ont montré que les personnes qui ont un contrôle interne fort et une plus grande adaptabilité acquièrent de nouvelles compétences pour améliorer leur santé, comparativement à celles ayant un contrôle externe plus fort. Cependant, peu d'études se sont penchées sur la manière dont l'adaptabilité cognitive et les lieux de contrôle interne et externe influencent l'utilisation des technologies de santé numérique chez les personnes âgées.
L'hypothèse de notre étude
Cette étude s'appuie sur le cadre théorique de l'acceptation et de l'utilisation des technologies de santé numérique afin de comprendre comment des facteurs psychologiques, tels que l'adaptabilité cognitive et le lieu de contrôle interne et externe, influencent leur utilisation dans une population de personnes âgées.
Ce cadre théorique explique les mécanismes sous-jacents par lesquels plusieurs facteurs interagissent avec des facteurs intermédiaires pour façonner l'adaptabilité comportementale, menant à une utilisation durable des technologies de santé numérique. Cette étude préliminaire postule que des facteurs psychologiques, tels que l'adaptabilité cognitive et le lieu de contrôle interne et externe, agissent en parallèle et de manière indépendante pour influencer l'utilisation des technologies de santé numérique chez les personnes âgées.
Nous avons ainsi émis l'hypothèse que des facteurs psychologiques, tels qu'un fort sentiment de lieu de contrôle interne et une grande adaptabilité cognitive, seraient positivement et significativement associés à l'utilisation des technologies de santé numérique chez les personnes âgées. À l'inverse, un fort sentiment de lieu de contrôle externe serait négativement associé à leur utilisation.
MÉTHODOLOGIE
Conception et source des données
Il s’agit d’une étude transversale, descriptive et corrélationnelle qui a analysé des données secondaires issues de l’Étude nationale sur les tendances en matière de santé et de vieillissement (NHATS, 2022). La NHATS est une étude longitudinale annuelle, menée auprès d’un panel représentatif à l’échelle nationale et incluant des bénéficiaires de Medicare. L’étude a reçu l’approbation du comité d’éthique de la recherche (IRB) pour l’analyse de données secondaires anonymisées.
Échantillon analytique
L’enquête NHATS de 2022 a porté sur 8 245 participants (âgés de 65 ans et plus). Dans le cadre de cette enquête, l’évaluation de l’utilisation des technologies de santé numérique a été réalisée auprès de la moitié des participants, choisie aléatoirement sur une année, et auprès de l’autre moitié de l’année suivante. En 2022, 4 651 participants à l’enquête NHATS ont été interrogés sur leur utilisation des technologies de santé numériques.
Mesures
Lieu de contrôle externe
Le lieu de contrôle externe a été évalué dans le NHATS en demandant aux participants de répondre à l'affirmation suivante : « D'autres personnes déterminent la plupart de ce que je peux et ne peux pas faire. » Les options de réponse enregistrées étaient les suivantes : « tout à fait d'accord (1) », « un peu d'accord (2) » ou « pas du tout d'accord (3) ».
Lieu de contrôle interne
Le lieu de contrôle interne a été évalué dans le NHATS en demandant aux participants de répondre à l'affirmation suivante : « Quand je veux vraiment faire quelque chose, je trouve généralement un moyen de le faire. » Les options de réponse enregistrées étaient les suivantes : « tout à fait d'accord (1) », « un peu d'accord (2) » ou « pas du tout d'accord (3) ».
Adaptabilité cognitive
L'adaptabilité cognitive correspond aux changements qui se produisent dans les pensées ; elle a été évaluée dans le NHATS en demandant de répondre à l'affirmation suivante : « Je m'adapte facilement au changement ». Les options de réponse enregistrées étaient les suivantes : « tout à fait d'accord (1) », « un peu d'accord (2) » ou « pas du tout d'accord (3)
Pour les besoins de cette étude, ces éléments ont été codés de manière inversée, et ceux qui ont répondu « pas du tout d’accord = 1 » ont été utilisés comme groupe de référence.
Utilisation des technologies de santé numérique
Quatre types de technologies numériques ont été évalués : a) les téléconsultations, b) la gestion des données d’assurance maladie, c) le renouvellement des ordonnances et la prise de rendez-vous médicaux en ligne, et d) la recherche d’informations de santé en ligne. La réponse à chaque utilisation a été codée par oui (1) ou par non (0).
Caractéristiques individuelles
Les caractéristiques sociodémographiques individuelles comprenaient l'âge auto déclaré (65-69, 70-74, 75-79, ≥80 ans), le sexe (homme, femme), la race et l'origine ethnique (hispanique, noir/afro-américain non hispanique, blanc/caucasien non hispanique, minorité raciale ou ethnique), le niveau d'éducation (études secondaires ou moins, plus que les études secondaires), l'état civil (marié, en couple, séparé, divorcé, veuf), le fait de bénéficier d'une aide financière codé par oui (1) ou par non (0), et la résidence en zone métropolitaine codée par oui (1) ou par non (0).
Facteurs cliniques
Les facteurs cliniques comprenaient l'état de santé auto-évalué (mauvais, passable, bon, très bon, excellent) et les affections chroniques (hypertension, maladie cardiaque, diabète, accident vasculaire cérébral, maladie pulmonaire, ostéoporose, arthrite, chacune codée par oui (1) ou par non (0), et les rapports de symptômes d'anxiété et de dépression, chacun codé par oui (1) ou par non (0).
RÉSULTATS
Caractéristiques des participants
La majorité étaient des femmes (56,3 %), des personnes blanches non hispaniques (70,9 %), âgées de 80 ans ou plus (32,9 %), qui avaient un niveau d'études supérieur au baccalauréat (74,9 %), qui étaient mariées ou en couple (56,8 %) et qui vivaient en zone métropolitaine (83,9 %). Seuls 8,2 % des participants ont déclaré recevoir une aide financière. Un grand nombre de participants (45,7 %) ont déclaré souffrir de trois affections chroniques ou plus ou ont estimé être en bonne santé (36,9 %). Moins de la moitié des participants ont déclaré présenter des symptômes d'anxiété (41,5 %) et de dépression (39,32 %).
La plupart des participants ont déclaré effectuer des téléconsultations (51,9 %), suivre la gestion des données d’assurance maladie (42,4 %), assurer le renouvellement des ordonnances et de la prise de rendez-vous médicaux (30,1 %) et avoir l’accès à l’information de santé en ligne (25,8 %).
Résultats de l'analyse bivariée
Le lieu de contrôle externe était significativement associé aux téléconsultations (x2 = 10,76, p = 0,005). Le lieu de contrôle interne était significativement associé au renouvellement des ordonnances et à la prise de rendez-vous médicaux ( χ² = 13,09, p = 0,001). L'adaptabilité cognitive était significativement associée à l'accès à l'information de santé en ligne (χ² = 12,8, p = 0,002), au renouvellement des ordonnances et à la prise de rendez-vous médicaux ( x2 = 8,2, p = 0,017), à la gestion des données d'assurance maladie (χ² = 7,46, p = 0,02) et à la réalisation de téléconsultations ( χ² = 17,32, p < 0,001).
Résultats de la régression logistique multivariée
L'adaptabilité cognitive était associée de manière statistiquement significative à une augmentation des chances d'accéder à l'information de santé en ligne (RCa = 1,61; IC à 95 % = 1,24-2,11), de réaliser des téléconsultations (RCa = 1,53 ;IC à 95 % = 1,23-1,90), de renouveler ses ordonnances et de prendre des rendez-vous médicaux (RCa = 1,50 ;IC à 95 % = 1,18-1,92) et de gérer ses propres données d'assurance maladie (RCa = 1,35 ; IC à 95 % = 1,08-1,69), après ajustement pour les caractéristiques sociodémographiques et cliniques pertinentes.
De manière plus précise, les chances d'accéder à l'information de santé en ligne, de réaliser des téléconsultations, de renouveler ses ordonnances, de prendre des rendez-vous médicaux et de gérer ses propres données d'assurance maladie augmentaient respectivement de 61 %, 53 %, 50 % et 35 % chez les personnes présentant la meilleure adaptabilité cognitive.
Ni le lieu de contrôle externe, ni le lieu de contrôle interne n'étaient associés de manière statistiquement significative (en régression logistique multivariée) à l'utilisation des technologies de santé numérique.
DISCUSSION
Dans cette étude, nous avons examiné l'association entre les facteurs psychologiques et sociaux, et l'utilisation des technologies de santé numériques. Les analyses bivariées ont révélé des associations significatives entre le lieu de contrôle externe ou interne, l'adaptabilité cognitive et plusieurs types d'utilisation de ces technologies de santé numérique. Par exemple, le lieu de contrôle externe était associé aux téléconsultations. Le lieu de contrôle interne était associé au renouvellement d'ordonnances et à la prise de rendez-vous médicaux en ligne. L'adaptabilité cognitive était associée à l'accès à l'information de santé en ligne, au renouvellement d'ordonnances et à la prise de rendez-vous médicaux, à la gestion des données d'assurance maladie et aux téléconsultations.
Cependant, les régressions logistiques multivariées, ajustées aux caractéristiques sociodémographiques et cliniques, ont montré que seule l'adaptabilité cognitive des personnes âgées était associée de manière statistiquement significative à une augmentation de la probabilité de rechercher de l'information de santé en ligne, de gérer ses propres données d'assurance maladie, de renouveler ses ordonnances et de prendre des rendez-vous médicaux, ainsi que de réaliser des téléconsultations.
Ni le lieu de contrôle externe, ni le lieu de contrôle interne n'étaient associés à un quelconque type d'utilisation des technologies de santé numériques dans les modèles multivariés.
Ces résultats mettent en évidence le rôle potentiellement confondant des covariables étudiées dans l’association entre le lieu de contrôle externe/interne et l’utilisation des technologies de santé numérique. Ces résultats soulignent donc la nécessité de tenir compte des covariables et montrent que leur omission, notamment dans les analyses bivariées, peut conduire à des associations trompeuses entre les prédicteurs et les résultats.
Conformément à notre hypothèse et aux résultats antérieurs, seule l'adaptabilité cognitive était associée à une plus grande probabilité d'utiliser les technologies de santé numériques, notamment la recherche d'informations de santé en ligne, les téléconsultations, le renouvellement d'ordonnances, la prise de rendez-vous médicaux et la gestion des données d'assurance maladie.
La variabilité de l'ampleur des effets reflète l'influence prédictive différentielle de l'adaptabilité cognitive sur l'utilisation des technologies de santé numérique. En particulier, les effets plus importants que nous observons pour l'accès aux informations de santé en ligne et les téléconsultations pourraient suggérer que les compétences d'adaptation requises à l'utilisation de ces technologies numériques sont moins complexes que celles nécessaires pour d'autres technologies de santé numérique, ce qui voudrait dire que la prise de rendez-vous médicaux et la gestion des données d'assurance maladie pourraient exiger des compétences d'usage plus complexes.
Une explication comportementale possible de telles associations serait que les personnes qui ont une plus grande adaptabilité cognitive seraient plus susceptibles d'adopter des comportements planifiés et de se fixer des objectifs, ce qui faciliterait l'acquisition de nouvelles compétences et la gestion de situations nouvelles.
Notre hypothèse initiale qui concernait l'association entre le lieu de contrôle interne/externe et l'utilisation des technologies de santé numériques n'a pas été confirmée, tandis que l'adaptabilité cognitive s'est révélée être un prédicteur significatif. Ce contraste pourrait s'expliquer par le fait que l'adaptabilité cognitive serait plutôt un facteur d'influence proximal (c'est à dire direct et immédiat), alors que les lieux de contrôle interne ou externe seraient des facteurs d'influence plus distaux (ou indirects) de l'utilisation des technologies de santé numériques.
Bien que l'adaptabilité cognitive soit encore mesurée de manière hétérogène, des études antérieures ont examiné son association avec divers comportements de santé, des technologies numériques et des comportements d'apprentissage, et ce, dans différents groupes d'âge.
Par exemple, l'adaptabilité cognitive était associée dans une étude à une amélioration des comportements d'auto-soins, du bien-être psychologique et à une réduction de la détresse psychologique chez des jeunes adultes atteints de diabète de type 1.
De même, un plus grand sentiment d'adaptabilité chez les enseignants était associé à une plus grande auto-efficacité dans l'utilisation des technologies numériques pour rechercher des informations en vue de la résolution de problèmes.
Bien que les mécanismes sous-jacents n'aient pas été étudiés dans ces études, l'adaptabilité cognitive pourrait être étroitement liée aux changements comportementaux.
En revanche, des études antérieures ont montré que le lieu de contrôle interagit souvent avec des facteurs psychologiques, tels que l'auto-efficacité et l'engagement psychologique, pour influencer ces changements comportementaux.
Limites de l'étude
Cette étude présente certaines limites. Premièrement, l'utilisation de données transversales ne permet pas d'établir de relation de cause à effet. Le questionnaire NHATS ne comportait qu'une seule question pour mesurer les prédicteurs psychologiques : le lieu de contrôle interne ou externe et l'adaptabilité cognitive. Or, cette question unique, bien qu'utile, n'a peut-être pas permis de saisir pleinement tous les concepts. Par ailleurs, l'étude a examiné les technologies de santé numérique les plus couramment utilisées par les personnes âgées. Toutefois, elle ne couvre pas nécessairement l'ensemble des technologies disponibles. La plupart des variables étudiées reposent sur des déclarations subjectives et peuvent donc être sujettes à des biais de déclaration ou de mémorisation. Enfin, comme seule la moitié des participants du NHATS a été évaluée quant à l'utilisation des technologies de santé numérique, aucune pondération n'a pu être appliquée à l'échantillonnage. Ainsi, nos résultats sont limités et ne peuvent être généralisés.
Implications pour la recherche
Bien que l'adaptabilité cognitive soit un domaine de recherche largement étudié chez les jeunes et les adultes, notamment en ce qui concerne l'apprentissage et l'acquisition de nouvelles compétences, comme l'adoption et l'utilisation de technologies numériques innovantes, elle reste encore peu explorée chez les personnes âgées.
De nombreuses études et théories expliquent que l'adaptabilité cognitive est essentielle à la résilience, à la neuroplasticité, à la neurogenèse, aux stratégies d'adaptation et aux modifications comportementales visant à améliorer la santé.
Notre étude indique que l'adaptabilité cognitive est tout aussi importante chez les personnes âgées lorsqu'il s'agit d'adopter les technologies numériques et les compétences associées.
Bien que notre étude initiale ait examiné l'influence individuelle de l'adaptabilité cognitive et des lieux de contrôle sur l'utilisation des technologies de santé numérique comme des domaines distincts, nous reconnaissons la nécessité d'explorer les mécanismes potentiels sous-jacents. Des études complémentaires sont donc nécessaires pour élucider les mécanismes psychologiques et neuro-comportementaux expliquant le lien entre les facteurs psychologiques et les changements comportementaux, notamment l'adoption et l'utilisation des technologies de santé numérique, au sein de cette population âgée.
Implications pratiques pour réduire la fracture numérique
Conformément aux études précédentes, nous avons observé des différences dans l'utilisation des technologies de santé numérique selon plusieurs caractéristiques sociodémographiques. Ces résultats suggèrent la nécessité d'interventions ciblées et adaptées aux besoins des différents groupes sociodémographiques.
Par exemple, des programmes de formation guidée pour les personnes âgées, s'appuyant sur une approche d'apprentissage progressif, la répétition, l'apprentissage par essais et erreurs et la capacité d'adaptation cognitive, pourraient être envisagés dans de futures recherches, visant à améliorer l'utilisation des technologies numériques par les personnes âgées, indépendamment de leurs caractéristiques sociodémographiques. Ces programmes ou interventions pourraient adopter une approche d'apprentissage entre adultes et pairs, et être proposés dans les bibliothèques et centres communautaires locaux afin de desservir les groupes défavorisés. Une conception centrée sur l'utilisateur, intégrant la contribution des personnes âgées, peut favoriser le développement de technologies conviviales, pertinentes, équitables et adaptables à leurs besoins.
CONCLUSION
Les résultats de notre étude soulignent que l'adaptabilité cognitive est associée à une probabilité accrue de rechercher des informations de santé en ligne, de gérer ses données d'assurance maladie, de renouveler ses ordonnances en ligne, de prendre des rendez-vous médicaux et de recourir à la téléconsultation. Ces résultats mettent en évidence la nécessité de développer et de tester des interventions qui tirent parti de l'adaptabilité cognitive, en utilisant une approche guidée ou axée sur la résolution de problèmes et une conception centrée sur l'utilisateur (patient), afin d'accroître l'utilisation des technologies de santé numérique et de réduire ainsi la fracture numérique en santé.
COMMENTAIRES. Cette étude nous semble importante pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, ses résultats peuvent éclairer le professionnel de santé qui rencontre des difficultés à recommander à une personne âgée l'usage de certaines technologies de santé numérique, comme la téléconsultation en ligne, la prise de rendez-vous sur des plateformes ou l'accès au DMP dans Mon Espace Santé. Ils expliquent pour une grande part les difficultés rencontrées sur le terrain lorsque la personne n'est pas touchée par un vieillissement cognitif pathologique.
Ensuite, ce qui est considéré souvent chez la personne âgée comme de l'illectronisme vis à vis de l'accès au numérique en général, à la santé numérique et à la télésanté en particulier, (70% dans la population âgée de 70 ans et plus selon l'Insee) relève pour une bonne part de l'adaptabilité cognitive dont les différentes dimensions pourraient être mieux évaluées afin de développer des programmes de formation aux technologies de la santé numérique.
Enfin, la non prise en compte des différentes dimensions de cette adaptabilité cognitive de la personne âgée peut contribuer à aggraver la fracture numérique entre les générations, alors que les besoins de nouvelles organisations professionnelles pour améliorer l'accès aux soins, fondées sur les moyens de la santé numérique et de la télésanté, font partie de la rénovation de notre système de santé au 21ème siècle. Ce concept d'adaptabilité cognitive de la personne âgée aux technologiques du numérique en santé s'applique également à l'IA médicale, ce qui devrait conduire à de futures recherches cliniques.
17 juin 2026
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