Préconisations en Télésanté. La  téléexpertise rapide pour assurer la continuité des soins dans certaines situations médicales.

Ces neuvième et dixième préconisations sont consacrées à l'usage de la téléexpertise rapide, une pratique qui peut assurer la continuité des soins dans certaines situations médicales. Elle nécessite des organisations innovantes. Ces préconisations sont issues du travail d'un groupe d'experts en télésanté regroupant des membres du Think Tank Télésanté et Numérique en Santé, de la Société Francophone de Santé Numérique (SFSN) et de France Assos Santé. Ce travail s'appuie sur des textes réglementaires, des travaux publiés dans la littérature médicale, ainsi que sur des expériences professionnelles du terrain. Elles ont l'ambition d'être pratico-pratiques pour les professionnels de santé et les patients.











Le contexte

 

La téléexpertise est un acte de télémédecine dans lequel un professionnel de santé sollicite à distance l’avis d’un confrère plus spécialisé sur la situation d’un patient, sans que le patient soit nécessairement présent. Depuis le 3 juin 2021, il ne s’agit plus seulement d’une téléexpertise entre deux professionnels médicaux, mais aussi d'une demande d’expertise sollicitée par un professionnel non médical (pharmacien, auxiliaire médicale) auprès d’un professionnel médical (médecin, sage-femme), le choix de l'expert par le requérant prenant en compte le champ de compétence du professionnel requis [1]. L’objectif principal de la téléexpertise est d’améliorer la pertinence et la rapidité d'une prise en charge, de conforter un diagnostic ou une stratégie thérapeutique, et d'éviter des déplacements ou consultations spécialisées inutiles [2]. Toutes les situations cliniques sont éligibles à la téléexpertise, avec une forte plus-value dans certains avis spécialisés (dermatologie, cardiologie, diabétologie, oncologie, maladies rares, situations complexes en gériatrie, etc.) [3].

La téléexpertise rapide est une forme de téléexpertise, généralement réalisée en mode synchrone, c’est-à-dire en temps réel, avec une interaction directe entre le professionnel requérant et le médecin requis, généralement via une visioconférence ou une plateforme numérique dédiée. Contrairement à la forme asynchrone, où les informations sont envoyées et analysées à un moment ultérieur) la téléexpertise rapide et synchrone implique une communication simultanée des deux parties [4].

La téléexpertise synchrone nécessite des organisations professionnelles innovantes qui assurent la permanence du soin spécialisé. C’est déjà le cas dans les hôpitaux publics où chaque spécialité médicale ou chirurgicale assure une telle permanence 24h/24, 7j/7. Cette organisation innovante peut exister également dans le secteur non hospitalier, notamment à l'initiative d'équipes de soins spécialisés en secteur libéral [5]. Alors qu’autrefois, avant que les solutions numériques existent, chaque médecin assurant une permanence dans sa spécialité disposait d’un téléphone dédié pour recevoir des appels extérieurs, lesquels pouvaient être chronophages dans certaines spécialités, le développement actuelle de plateformes numériques dédiées à la téléexpertise, notamment au niveau des établissements de santé publics et privés vers les médecins traitants de ville, montre que la téléexpertise synchrone correspond à un réel besoin pour assurer la continuité des soins [6].


Le constat


9) Dans les établissements de santé publics et privés, les médecins appartenant à une même spécialité médicale peuvent s'organiser collectivement pour pratiquer la téléexpertise rapide synchrone (ou asynchrone) qui permet notamment la continuité immédiate des soins et d'éviter des venues aux urgences, ainsi que des hospitalisations inutiles. Par exemple, en urologie-oncologie, l’avis quasi immédiat du spécialiste à la demande d’un médecin radiothérapeute pour aider à prévenir l’irradiation des organes uro-néphrologiques. Elle permet d’assurer la continuité immédiate de la séance de radiothérapie en toute sécurité [7].

Un autre exemple est la téléexpertise pour un évènement neurologique aiguë pour lequel le neurologue vasculaire de permanence est sollicité par un médecin urgentiste d’un établissement de santé. Cette téléexpertise rapide, souvent en Visio, permet d’évoquer le diagnostic d’accident cérébral vasculaire (AVC). Cette pratique de la téléexpertise neurologique rapide permet de mettre en place immédiatement la démarche de soins qui assure une prise en charge optimale de l’AVC à sa phase initiale. Une pratique de la téléexpertise rapide synchrone n’est possible que si les spécialistes privés et publics mettent en place une permanence gérée par une plateforme qui indique les moments de leur disponibilité chaque semaine pour répondre à la demande rapide d’un médecin requérant.[8]


10) Toutes les spécialités médicales ne sont pas présentes au niveau d'un territoire de santé ou même d'une région. Il existe des situations médicales qui nécessitent une concertation pluridisciplinaire (RCP) entre médecins de plusieurs spécialités. Ces concertations se font souvent en temps réel et certains spécialistes sont à distance. Les moyens numériques permettent aujourd’hui de réaliser des réunions de concertation pluridisciplinaire distancielles qui se distinguent des RCP traditionnelles où les spécialistes discutent en présentiel du dossier d'un patient (l’exemple de la RCP en cancérologie lancée en 1995). Dans ces nouvelles RCP distancielles, des spécialistes discutent entre eux de cas pathologiques complexes, avec le consentement préalable des patients, comme des RCP consacrées à des maladies génétiques rares [9], à des actes thérapeutiques très spécialisés (les exemples des RCP en transplantation d’organes [10],[11] ou à des discussions en télépatholologie [12], etc.). Les RCP se développent dans de nombreuses pathologies et les avis distanciels des experts sont recueillis en temps réel.  Il s’agit de téléexpertise synchrone de 3ème niveau entre un médecin requérant généraliste ou d'une autre spécialité et un médecin hyperspécialisé dans le domaine médical concerné, lequel se trouve à distance.


Les préconisations des experts


9) Nous préconisons que la téléexpertise rapide, synchrone, dont l’organisation repose sur une permanence des soins gérée par une plateforme qui indique la disponibilité des spécialistes requis à certains moments de la semaine, soit prise en compte par les autorités sanitaires comme une pratique professionnelle qui assure un service médical aux patients car elle assure la continuité immédiate de soins. Les patients concernés sont clairement informés préalablement par le médecin requérant des bénéfices et des risques de cette forme de téléexpertise immédiate et donnent leur consentement.

 

10) Nous préconisons que les réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP) dans un domaine médical rare ou hyperspécialisé, où les médecins spécialistes se concertent à distance par Visio, fassent partie du cadre réglementaire de la téléexpertise, notamment pour améliorer le parcours de santé des patients atteints de maladies rares. Les patients qui bénéficient de telles RCP sont préalablement informés des objectifs de la RCP et donnent leur consentement. Le compte rendu de la RCP doit clairement identifier les médecins hyperspécialistes qui sont sollicités par les médecins spécialistes requérants, lesquels doivent apporter à ces médecins hyperspécialistes la complétude des données nécessaires à la rédaction d’un compte rendu qui sera déposé dans le DPI du médecin spécialiste requérant et dans le DMP du patient.


[1] Ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes Handicapées. La téléexpertise. 9 août 2024. https://sante.gouv.fr/soins-et-maladies/prises-en-charge-specialisees/telesante-pour-l-acces-de-tous-a-des-soins-a-distance/article/la-teleexpertise

[2] Ministère de la Santé. Site d’information pour les personnes âgées et les aidants. Télémédecine : quest-ce que la téléconsultation et la téléexpertise ? 14 avril 2023. https://www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr/preserver-son-autonomie/preserver-son-autonomie-et-sa-sante/telemedecine-qu-est-ce-que-la-teleconsultation-et-la-tele-expertise

[3] Site du gouvernement. Service public. Télésanté : télémédecine et télésoin. 1er janvier 2026. https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F34696

[4] Simon P. La téléexpertise rapide. Blog Télémedaction. 23 avril 2021. https://telemedaction.org/445927157/449127536?t=1772294709939

[5] loi n°2019-774 du 24 juillet 2019 relative à l'organisation et à la transformation du système de santé.

https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/LEGISCTA000038824774 

[6] Le Think Tank Télésanté et Santé Numérique. Préconisations sur la téléexpertise. 15 mai 2025. https://www.telemedaction.org/les-objectifs-des-assises/3-mes-pr-conisations-te?t=1772355098076

[7] L’organisation de la téléexpertise immédiate en urologie a transformé l’exercice professionnel des chirurgiens.28 février 2022. https://www.telemedaction.org/445927157/451831104?t=1768827252172 

[8] Les solutions numériques en santé doivent répondre à la réalité du terrain : l’exemple de la téléexpertise immédiate. 23 avril 2021. https://www.telemedaction.org/445927157/449127536

[9] La téléexpertise dans les maladies rares. Plateforme PRIOR/ERHR en Pays de Loire. https://prior-maladiesrares.fr/teleexpertise/

[10] Haute autorité de santé. La transplantation d’organes. Recommandations pour la pratique clinique. Octobre 2015. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2015-12/rbp_recommandations_greffe_renale_vd_mel.pdf

[11] La satisfaction des patients greffés suivis par télémédecine. 3 février 2020. https://www.telemedaction.org/432098221/444996417?t=1768829336318

[12] Le réseau de télé pathologie de l’Est du Québec. Med Sci (Paris) 2012 ; 28 : 993–999. https://www.medecinesciences.org/fr/articles/medsci/abs/2012/11/medsci20122811p993/medsci20122811p993.html


3 mars 2026