Le blog de la Société Francophone Sante Numérique
La CNAM avait mis le sujet de la filière visuelle et auditive à l'ordre du jour des Assises de la Télémédecine (atelier 7 du 11 novembre 2025 à Caen). Les représentants des ophtalmologistes et des orthoptistes se sont opposés à ce que les opticiens-lunetiers soient intégrés aux parcours de soins visuels, en particulier distanciels, comme l'avait proposé en septembre 2020 le rapport IGAS (https://igas.gouv.fr/La-filiere-visuelle-modes-d-exercice-pratiques-professionnelles-et-formation). Seuls les représentants de la santé auditive ont proposé aux audioprothésistes d'explorer la possibilité de leur intervention à distance dans le cadre d'un article 51 de la LFSS 2018 (https://telemedaction.org/les-objectifs-des-assises/retour-sur-les-assises-de-la-tlm-1).
Pourtant, la CNAM avait inscrit l’amélioration des parcours de soins visuels et auditifs au programme des Assises de la télémédecine 2025 pour quatre raisons principales :
1) des délais d’attente records allant jusqu’à 6 mois pour un rendez-vous chez un ophtalmologiste en 2026, avec une offre insuffisante dans les zones rurales et pour les populations âgées ou en EHPAD, ainsi qu'un manque criant de spécialistes dans ces deux spécialités (ophtalmologiste, ORL) dans certaines régions, aggravé par le vieillissement de la population, des personnes vulnérables peu mobiles ou en institution, voire trop éloignées géographiquement des centres de soins (https://www.assurance-maladie.ameli.fr/presse/2025-06-27-cp-lancement-assises-telemedecine).
2) La nécessité de clarifier un cadre réglementaire trop flou, illustrée par la prolifération des plateformes de téléexpertise asynchrone en optique et des tensions entre opticiens, orthoptistes et ophtalmologistes (le syndicat SNOF) sur le rôle de chacun dans le la filière visuelle. Alors que le CNP d'ophtalmologie s'opposait à la téléexpertise asynchrone réalisée par les opticiens-lunetiers, considérant qu'il s'agit d'une profession "commerciale" et non de santé, le CNP-ORL, plus ouvert à l'innovation organisationnelle, déposait une demande d’article 51 pour expérimenter la place des audioprothésistes dans un parcours de soins auditifs chez les patients âgés de 60 ans et plus, en mobilité réduite, ou en zone déficitaire (https://cnp-orl.org/2025/11/21/la-telemedecine-en-orl-regles-et-contraintes-en-2025/).
3) La volonté de structurer la télémédecine comme une pratique pérenne, précisant que la télémédecine ne devait pas être un outil ponctuel (comme pendant le Covid), mais un levier structurant intégré aux parcours de soins. C'est ainsi que l'atelier 7 entièrement consacré aux filières visuelle et auditive avait pour mission d'éclairer l’apport de la téléexpertise asynchrone lorsque la demande émane d’un auxiliaire médical ( orthoptiste, opticien, audioprothésiste) et de définir des protocoles clairs afin d'éviter certaines dérives commerciales (comme un lien d'intérêt entre prescripteur et vendeur) (https://telemedaction.org/les-objectifs-des-assises/retour-sur-les-assises-de-la-tlm-2).
4) Enfin, apporter des réponses à des attentes de la population, non satisfaites depuis la fin de la pandémie Covid19, permettre d'y voir plus clair sur les pratiques distancielles et de faire évoluer les règles si nécessaire, particulièrement dans les filières visuelle et auditive (https://www.lequotidiendumedecin.fr/sante-societe/politique-de-sante/telemedecine-le-gouvernement-pret-deverrouiller-un-peu-les-consultations-distance).
Alors que le ministère de la Santé a semblé être dans un premier temps impuissant vis à vis du CNOM qui publiait, 4 mois après la fin des Assises, des recommandations prenant le contre-pied des conclusions annoncées par la ministre de la Santé elle-même, affirmant en particulier que la télémédecine était une pratique dégradée de la médecine (https://telemedaction.org/les-objectifs-des-assises/cnom-et-assises-tlm), et engageant des sanctions disciplinaires lourdes à l'encontre de professionnels médicaux qui souhaitaient innover dans leur pratique professionnelle, le gouvernement a lancé le 21 juillet 2026, à l'initiative du ministère de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, en lien avec le ministère de la Santé, un AMI visant à améliorer les inégalités d'accès aux soins par des solutions technologiques et organisationnelles innovantes dans les territoires en situation de désertification médicale, tant en soins primaires qu'en soins spécialisés (https://telemedaction.org/les-objectifs-des-assises/parcours-de-soins-visuels-et-auditifs); En fait, le cahier des charges de cet AMI est dans le droit fil des conclusions des Assises. à savoir le développement de la téléconsultation assistée d'une "personne humaine" pour l'accès aux soins primaires et la pratique de la téléexpertise asynchrone pour l'accès aux soins spécialisés.
Quelles sont les professions de la santé visuelle et auditive en Europe ?
Les quatre professions de la santé visuelle.
L'ophtalmologiste est le médecin spécialiste de la santé visuelle bénéficiant, comme toute spécialité médicale, de la reconnaissance automatique des qualifications au titre de la directive européenne du 7 septembre 2005 (2005/36/CE, https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2005/36/oj )
La profession d'opticien-lunetier est reconnue dans tous les pays, mais son statut juridique peut être différent. Une grande majorité de pays européens ont classé le métier d'opticien-lunetier comme une profession de santé relevant du Droit de la santé (Chypre, Danemark, Finlande, France, Italie, Norvège, Slovaquie, Suède, Espagne, Royaume-Uni, Islande, Liechtenstein, Suisse), 5 pays le classent comme une profession relevant du Droit de l'artisanat (Autriche, Croatie, Allemagne, Luxembourg), 2 pays comme une profession relevant du Droit du Commerce (République tchèque, Lituanie). Elle n'est pas encore régulée sur le plan juridique dans plusieurs pays (Belgique, Portugal, Pays-Bas, Pologne, Roumanie, Lettonie).
La profession d'orthoptiste est une profession de santé relevant du Droit de la santé dans 15 pays européens (Autriche, Belgique, République tchèque, Danemark, France, Allemagne, Irlande, Italie, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Portugal, Suède, Suisse, Royaume-Uni). L'Espagne ne reconnait pas la profession d'orthoptiste, mais celle d'optométriste.
La profession d'optométriste est une profession de santé réglementée, reconnue dans 13 pays européens (Autriche, République Tchèque, Finlande, Hongrie, Irlande, Lettonie, Malte, Pays-Bas, Slovaquie, Espagne, Suède, Royaume-Uni, Suisse), parfois fusionnée avec l'opticien (Espagne) ou non réglementée (Portugal). Cette profession n'est pas reconnue en France, les pouvoirs publics français estimant que les fonctions de l'optométriste peuvent être redistribuées entre les orthoptistes et les opticiens-lunetiers, les deux professions de santé de la santé visuelle inscrites au CSP.
Les trois professions de la santé auditive
L'oto-rhino-laryngologiste (ORL) est le médecin spécialiste de la santé auditive bénéficiant de la reconnaissance des qualifications au titre de la directive européenne 2005/36/CE.
La profession d'audiologie est une profession de santé relevant du Droit de la santé, reconnue dans une minorité de pays (Suède, Norvège, Royaume-Uni, Danemark, Belgique, Irlande, Pays-Bas, Italie, Espagne). Cette profession n'est pas reconnue en France.
La profession d'audioprothésiste est une profession quasi généralisée en Europe. Toutefois, il peut exister, comme pour l'opticien-lunetier, des statuts juridiques différents relevant de la profession de santé ( la France, le Royaume-Uni), de la profession artisanale ou de la profession commerciale. Elle peut avoir un statut hybride (santé et artisanat) comme en Allemagne, en Autriche. Dans 13 autres pays, la profession est réglementée sans que le statut juridique soit clairement précisé (Danemark, Belgique, Espagne, Irlande, Islande, Italie, Liechtenstein, Luxembourg, Norvège, Pologne, Portugal, Suède, Suisse). Dans d'autres pays, la profession n'est pas réglementée (Pays-Bas, Finlande, République Tchèque, la majorité des pays de l'Europe centrale et orientale).
Dans quels pays les soins distanciels en optique et en audiologie sont-ils pratiqués en 2026 ?
Bien que le cadre juridique français du CSP autorise les soins distanciels à tout professionnel de santé médical (téléconsultation, téléexpertise, télésurveillance médicale) et paramédical (téléexpertise, télésoin), l'Assurance maladie finance aujourd'hui les pratiques distancielles des professions médicales et de 5 professions paramédicales (infirmier, orthoptiste, orthophoniste, masseur-kinésithérapeute, pédicure-podologue). Elle ne finance pas encore les pratiques distancielles (téléexpertise, télésoin) des opticiens-lunetiers et des audioprothésistes.
Qu'en est-il dans les autres pays européens où ces métiers de la santé visuelle et auditive ont le statut de "profession de santé" ?
Pays-Bas
Déploiement à grande échelle de la télé optométrie. L'exemple le plus abouti est celui de la plateforme Specsavers, qui a généralisé l'« optometrie op afstand » (optométrie à distance) : l'examen de santé oculaire est réalisé en magasin avec un équipement innovant, puis un optométriste évalue à distance toutes les données de mesure sous 48 heures. Le pays souhaite réduire l'engorgement et les délais d'attente, favoriser le diagnostic précoce, et libérer du temps de déplacement des optométristes pour augmenter leur productivité et rendre les soins visuels plus abordables. Le déploiement a concerné les 143 magasins aux Pays-Bas. (https://www.icthealth.nl/nieuws/oogzorgketen-specsavers-doet-oogmetingen-op-afstand)
Les Pays-Bas sont le pays européen le plus avancé sur la télé optométrie de masse, portée par un acteur privé (Specsavers) plutôt que par l'État, dans un cadre professionnel moins contraignant qu'une institution ordinale.
Télé expertise entre médecin généraliste et orthoptiste. La plateforme Ksyos permet aux médecins généralistes d'orienter, via un « Zorgpad Orthoptie », les patients ayant des troubles visuels non aigus vers un orthoptiste local, mécanisme de téléexpertise/orientation assez proche, dans l'esprit, du dispositif français de téléexpertise asynchrone entre professionnels médicaux et paramédicaux.
Déploiement de la télé-audiologie. Toujours chez Specsavers, le groupe explore les possibilités de téléconsultation entre l'audioprothésiste et le médecin ORL pour les soins auditifs (https://www.icthealth.nl/nieuws/oogzorgketen-specsavers-doet-oogmetingen-op-afstand)(https://semh.info/wp-content/uploads/2023/12/Audiciens-aan-huis.pdf).
Danemark
Un système d'optique à deux niveaux, propice à la télé ophtalmologie.
Le système public danois sépare nettement les ophtalmologistes (accès public, référence) des optométristes, qui exercent typiquement dans des structures privées situées hors du réseau public de santé, sans pouvoir référer directement les patients dans le système public ni accéder aux dossiers centralisés. C'est précisément cette coupure qui a motivé le développement de la télé ophtalmologie comme pont entre les deux mondes, public et privé.
Le modèle danois de référence : l'OTRP (Optometrist-assisted and Teleophthalmology-enabled Referral Pathway). Une étude médico-économique danoise a modélisé un « parcours de référence assisté par optométriste et activé par télé ophtalmologie » (,OTRP). L'intérêt du modèle tient à la structure du réseau : les magasins d'optométrie sont largement répandus dans le pays, facilement accessibles pour la plupart des habitants, et intègrent de plus en plus d'équipements automatisés et de dispositifs diagnostiques qui améliorent la précision et la rapidité des examens. L'objectif est d'utiliser la téléexpertise asynchrone pour trier les patients suspectés d'affections du segment postérieur avant de les orienter (ou non) vers l'hôpital. C'est un usage proche, dans l'esprit, de la téléexpertise asynchrone en France entre opticien/orthoptiste et l'ophtalmologiste. Le modèle organisationnel danois est pensé comme un outil de stratification du risque à l'échelle du système, avec évaluation formelle en QALY et en délais d'attente (https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC11427588/).
Suède
Le marché est structuré autour de grandes enseignes (Synoptik, Synsam, Specsavers) selon un modèle proche du modèle danois : les examens de vue courants et les lunettes correctrices restent hors financement public, tandis que les affections diagnostiquées médicalement sont prises en charge par le système de santé universel. Cette séparation nette entre « routine visuelle » (marché privé) et « pathologie » (système public) crée, comme au Danemark, un terrain favorable à la téléexpertise asynchrone comme mécanisme de triage entre les deux, plutôt qu'à la téléconsultation médicale proprement dite.
Rôle de la conférence professionnelle nordique de vision et d'audition. Cette conférence réunit 5 pays du Nord de l'Europe (Norvège, Suède, Finlande, Danemark et Pays-Bas). La conférence a inscrit la télé optométrie comme thème central de son programme 2025, avec un constat de fond : à mesure que la télé optométrie prend une place croissante, le rôle de l'opticien évolue d'une fonction principalement technico-commerciale vers une approche plus clinique, orientée vers les soins visuels. C'est un indicateur de tendance de fond partagée par ces 5 pays, indépendamment des différences de systèmes de santé (https://clinicalconference.eu/programme-2025/).
Finlande
Comme dans les autres pays nordiques, la Finlande développe la télé optométrie.
La place de l'audioprothèsiste dans le parcours de soins auditifs est en cours d'exploration. Une étude finlandaise a évalué le renouvellement à distance d'appareils auditifs à partir d'audiogrammes préexistants pendant la pandémie de Covid-19. Il s'agit d'un mécanisme pragmatique consistant à réutiliser les données d'un examen antérieur pour éviter un nouveau rendez-vous physique lors d'un renouvellement d'appareil. C'est une approche plus asynchrone et minimaliste que le télé-règlage en temps réel pratiqué en Allemagne, et adaptée à un contexte de contrainte sanitaire, mais dont l'usage semble s'être maintenu au-delà de la période pandémique (Remote hearing aid renewal using pre-existing audiograms during the covid-19 pandemic. Kokkonen J, Kaski H, Mäkinen S, Svärd F.Int J Audiol. 2023 Aug;62(8):767-775. doi: 10.1080/14992027.2022.2082329. Epub 2022 Jun 8.)
Norvège
Comme cela a été rappelé précédemment, la Norvège développe massivement la télé optométrie.
La télé-audiologie n'est pas déployée. Les appareils auditifs sont gratuits, obtenus via l'agence publique NAV, dans un centre auditif hospitalier ou chez un spécialiste ayant passé un accord avec les autorités de santé. Seuls les audiologistes et les médecins ORL peuvent en faire la demande auprès de NAV (Arbeids-og velferdsetater ou administration norvégienne du travail et des affaires sociales). Ce système très médicalisé et centralisé limite l'espace pour l'innovation privée en téléaudiologie qu'on observe en Allemagne. Il n'existe pas de marché concurrentiel de centres auditifs privés à la recherche de gains de productivité via le télé-règlage. Les recherches norvégiennes en cours portent davantage sur l'ergonomie et l'implication du patient dans le réglage (travaux du SINTEF Stiftelsen for industriel og teknisk forskning ou Fondation pour la recherche scientifique et industrielle) (https://www.eikholt.no/en/the-knowledge-vault/laws-and-regulations-on-hearing-aids-in-norway/)
Allemagne
La télé-audiologie est le secteur le plus développé en Allemagne, poussé surtout par les fabricants d'aides auditives plutôt que par une politique de santé publique structurée. Les grandes marques (Signia TeleCare, Oticon RemoteCare, Phonak, ReSound) proposent des applications smartphone Bluetooth permettant aux audioprothésistes d'ajuster à distance les réglages d'appareils auditifs déjà posés, seulement pour les rendez-vous de suivi, et non pour la primo-adaptation.
La télé optométrie a un développement plus limité, surtout expérimental et académique, comparable au protocole Muraine en France pour les orthoptistes.
Royaume-Uni
La télé-optométrie, à l'inverse de l'Allemagne, est le secteur le plus développé au Royaume-Uni. Le General Optical Council (GOC), régulateur des opticiens-optométristes britanniques, a lancé le 15 juillet 2026 une consultation de 14 semaines (jusqu'au 21 octobre 2026) sur une refonte de sa doctrine de 2013 relative aux tests de la vision, portant sur la télé optométrie et la délégation de tâches. Le contexte juridique de base est en réalité déjà favorable : l'Opticians Act 1989 permet de séparer les composantes du bilan visuel dans le temps, entre personnes différentes, et/ou selon le lieu, sans restreindre les équipements ou technologies utilisables pour réaliser un test de vision (https://www.publications.scot.nhs.uk/files/pca2026-o-01.pdf).
Le GOC ne cherche pas à autoriser la télé-optométrie qui l'est déjà, mais à l'encadrer : la consultation en cours propose un cadre réglementaire permettant aux professionnels d'innover de façon responsable tout en réduisant les risques, via des garde-fous portant sur l'audit clinique, la formation du personnel, l'évaluation de l'adéquation du patient au format d'examen, le consentement éclairé et la prise en compte des patients vulnérables. Une prescription de lunettes ne peut être délivrée tant que l'ensemble des composantes obligatoires du bilan visuel n'est pas complet.
Sur le terrain, plusieurs acteurs se sont positionnés : Eyoto (Birmingham, lié à Aston University) développe une plateforme de télé-optométrie permettant à un praticien de réaliser un examen depuis un lieu distant, et des solutions comme Aetheia (lampe à fente télé-opérée) sont déployées dans des hôpitaux qui sont confrontés à l'engorgement des services d'ophtalmologie. Les retours patients recueillis par le GOC restent partagés : certains estiment qu'un rendez-vous en télé-optométrie, avec supervision à distance et des filières de recours efficaces, protège mieux le public que l'absence totale de rendez-vous, tandis que d'autres appellent à la prudence face à une technologie émergente, craignant qu'un optométriste distant ne perçoive pas certains signaux cliniques subtils (https://optical.org/static/b5d47113-ecd7-4d8f-b9c20ed1ce6eed85/Public-Council-Papers-24-June-2026.pdf).
La télé-audiologie s'est structurée dès la pandémie, avec un jeu de recommandations pratiques publié par la British Academy of Audiology (en lien avec le Manchester Centre for Audiology and Deafness), couvrant le réglage à distance des aides auditives, la réadaptation auditive et vestibulaire, pour les adultes comme pour les enfants, dans le secteur NHS comme dans le secteur privé.
Conclusions et Commentaires
Tous les pays cités dans ce billet cherchent à améliorer leurs filières visuelles et auditives pour répondre à une demande croissante. Pour y parvenir, certains métiers de la santé visuelle et auditive, qui relevaient autrefois du Droit artisanal ou du Droit du commerce, ont rejoint le Droit de santé comme profession de santé afin de permettre la mise en place de délégation de taches et une collaboration multidisciplinaire sous la supervision des médecins spécialistes (ophtalmologiste, ORL). En France, les opticiens-lunetiers ont rejoint le statut de profession de santé en octobre 2016 par une disposition législative. La filière visuelle française est désormais constituée, sous la supervision des médecins ophtalmologistes, de deux professions de santé d'auxiliaire médical : les orthoptistes (métier créé en France le 11 août 1956) et les opticiens-lunetiers. La France a choisi ainsi de confier aux opticiens et aux orthoptistes ce que d'autres pays ont confié aux optométristes et aux orthoptistes. Le métier d'optométriste existe dans la plupart des pays qui n'ont pas transformé le métier d'opticien-lunetier en profession de santé.
De même, la France a choisi le métier d'audioprothésiste comme profession de santé (créé en 1959 et renforcé en 2005) pour conforter la filière auditive supervisée par les médecins ORL. Par contre, la profession d'audiologie n'est pas reconnue en France alors que cette profession de santé se pratique dans une dizaine de pays européens.
Qu'en est-il des soins distanciels d'optique et d'audiologie en Europe ? Dans les pays du Nord de l'Europe et au Royaume-Uni la télé optométrie de développe dans les magasins d'optométrie et constitue même un programme prioritaire pour améliorer l'accès aux soins visuels. Que ce soit pour l'optométriste et l'opticien, leur métier évolue de plus en plus vers une approche clinique de la vision sous la supervision du médecin ophtalmologiste. La France a créé en juin 2021 un cadre juridique permettant le développement de la téléexpertise asynchrone par les opticiens-lunetiers et les audioprothésistes. Des forces syndicales et ordinales s'y opposent pour l'instant.
Pour la santé auditive, certains pays du Nord de l'Europe, le Royaume-Uni et l'Allemagne développent la télé-audiologie entre les audioprothésistes et les médecins ORL, apportant indiscutablement un service médical à la population, en particulier celle âgée de 60 ans et plus. En France, les soins distanciels en audiologie commencent à être expérimentés (https://telemedaction.org/les-objectifs-des-assises/retour-sur-les-assises-de-la-tlm-1).
Cet état des lieux de l'évolution des filières visuelle et auditive en Europe montre que la plupart des pays cherchent à améliorer l'accès aux soins visuels et auditif face à une demande croissante d'une population de plus en plus âgée. La CNAM avait eu cette perception en proposant dans le cadre des Assises de la Télémédecine une réflexion sur l'évolution des filières visuelle et auditive avec les moyens de la télémédecine, en particulier de la téléexpertise asynchrone. Force est de reconnaître que cette perspective n'est pour l'instant pas suivie par les représentants des professions médicales concernées. Des programmes préalables d'expérimentation sont probablement nécessaires comme l'a proposé la CNP d'ORL à l'atelier du 11 novembre 2025 à Caen. L'AMI lancé par le gouvernement le 21 juillet 2026 pourrait être également un cadre d'expérimentation de nouvelles organisations professionnelles dans les zones de désertification en médecins spécialistes, dont l'évaluation pourrait être plus rapide que celle d'un article 51 (https://telemedaction.org/les-objectifs-des-assises/parcours-de-soins-visuels-et-auditifs)
18 août 2026
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